VERS UN ART DU PAYSAGE SONORE


2 03 /05 /Mai /2011 09:51

VERS UN ART DU PAYSAGE SONORE

CONSTRUIRE L’ÉCOUTE

PETIT MANIFESTE VERS UN ART DU PAYSAGE SONORE

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La construction de l’écoute commence avant même notre naissance (on le sait) mais elle set se développe au fil du temps, avec plus ou moins d’acuité selon l’intérêt que nous y portons (et de cela, on en a beaucoup moins conscience).
L’oreille puise (entre autre) dans son environnement sonore pour structurer une écoute personnelle
Dans l’idéal, on  peut souhaiter cette écoute modulable, s’adaptant de façon réactive à la perception de notre milieu, selon nos besoins ou envies.
La construction de notre écoute est tout à la fois, et selon les moments, source de communication, d’apprentissage, de survie (ne pas se faire écraser par un véhicule que l’on a pas entendu).
La construction de l’écoute est aussi source d’émotion, de peur, de rejet, de joie, d’émerveillement, de passion.
Le geste artistique participe  à la construction de paysages sonores sensibles.
Ces paysages sonores contribuent à alimenter l’écoute en construction.
Construire son écoute c’est aussi, de façon concomitante, construire un  paysage sonore à écouter, qui nous serait propre, dans une sorte d’aller-et-retour permanent et  logique, entre concevoir et recevoir, et vis et versa.
L’oreille, ou en tout cas son utilisateur, se donne, parfois, la possibilité de choisir ses écoutes, de les construire selon ses besoins, ses contraintes, ses affinités.
L’environnement sonore dans lequel puise l »écoute est multiple et quasiment infini.
Il peut être plus ou moins maîtrisé, voire (pré)fabriqué, ou bien au contraire laissé en friche, à l’abandon.
Un environnement sonore peut peut s’avérer équilibré, lisible, ou totalement  incohérent, difficile à décrypter à l’oreille.
Le cœur d’une cité et une salle de concert ne proposent pas les mêmes ressources auriculaires, et pourront être appréciées, ou non, à différents degrés.
Un environnement qualifié de bruyant, voire d’invivable par certains, ou à certains moments, ne le sera pas, ou moins pour d’autres, ou à des moments différents.
Si je décide d’écouter une ville par exemple, comme une composition sonore, ou musicale contemporaine, je déconstruirai et reconstruirai ainsi mentalement les espaces auriculaires environnants.
Je changerai pour ce faire de fait de point de vue, introduisant l’esthétique comme un filtre sensible essentiel  et prédominant.
Construire son écoute c’est également passer par des reconstitutions/reconstructions diverses d »espaces sonores.
Une des reconstitution des plus simples se fera via le souvenir d’ambiances ou d’événements sonores rencontrés, délibérément ou non, lors de promenades par exemple.
On pourra également utiliser de enregistrements audio.
La reconstruction passera     alors par leurs écoutes différées,  libre ou commentée, plus ou moins décontextualisée.
Un autre exemple de reconstitution, plus complexe, prend vie au travers de compositions sonores acousmatiques ou multimédias s’appuyant sur des matières et ambiances extraites du terrain.
Puiser, extraire de la matière sonore, la remodeler, la remettre en forme et parfois la ré-injecter dans l’environnement existant deviendront des gestes de paysagistes sonores.
Envisageons encore des formes de reconstitutions par des œuvres sonores, plastiques, sculpturales, des dispositifs interactifs, immersifs.
On installe dans le paysage des formes qui produiront du son, constituant des signaux-balises qui viendront requalifier ou jalonnerun espace donné à nos oreilles.
On peut également fabriquer des objets ou architectures qui impliqueront des postures d’écoute, ou modifieront cette dernière (zoom, focalisation, spatialisation, coloration, amplification, immersion…)
L’oreille d’un artiste nous propose bien d’autres constructions/reconstructions, ou reconstitutions de l’écoute, qui influeront sensiblement notre perception à différents degrés.
Ces constructions sonores viendront se frotter à nos expériences auriculaires au quotidien.
Elles entreront plus moins en résonance, ou en dissonance  avec nos propres vibrations.
Elles nous interrogeront sur la véracité de notre écoute, sur ses limites, sur les frontières entre résiduel et conceptuel, entre réel ou imaginaire, entre possibles et utopies…
Dans le meilleur de cas, elles nous feront expérimenter d’autres territoires auditifs, avec les sensations et ressentis intrinsèques…
L’artiste peut, en nous proposant certaines postures, rencontres, actions, celles par exemple  de marcher, de toucher, de voir,  et bien sûr d’écouter, contribuer très sensiblement à une déconstruction/reconstruction de notre écoute, qui pourra ainsi devenir plus sensible, plus élargie  et ouverte au monde.
De Stockhausen, Josquin des Près, à La Monte Young, les constructions musicales ou sonores, abstraites, conceptuelles, architecturales, plastiques, radiophoniques, nous ont ouvert et nous ouvrent de nouvelles fenêtres (j)ouïssives sur le monde.
L’art sonore contemporain est régulièrement, de façon plus ou moins consciente, en prise directe avec des postures d’écoutes environnementales questionnantes.
De paysages sonores acousmatiques, en ballades audioguidées, de sons industriels en recherches technologiques, le Sound Art acquière une valeur ajoutée, lorsqu’il nous rapproche de notre proche environnement.
L’artiste utilisant principalement dans sa création des gestes et matières d’écoute est (aussi) un reflet, parfois miroir déformant, d’une socialité sonore qui doit contribue à construire au long terme une écoute engagée, une écoute qui se partage autour de valeurs sociales et politiques (dans le vrai sens du terme).
L’artiste maniant du son nous met la vie, ou en tous cas une vision/audition de la vie à portée d’oreilles, avec toute la responsabilité et l »éthique qui sont implicitement engagées dans cette démarche.
Il n’est pas forcément besoin pour cela de dispositifs complexes, de machineries spectaculaires.
Ue simple incitation à l’écoute suffit parfois pour donner à l’espace sonore la place qu’il mérite, dans une culture à portée de toute personne munie d’une paire d’oreilles en état de marche.
La construction de l’écoute est un enjeu de tous les jours, entre expériences au quotidien et gestes artistiques où l’oreille est convoquée.

Gilles Malatray

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